Aeternia – Tome 1 : La marche du prophète

Aeternia

Ecrit par Gabriel Katz, 

Parution le 22/01/2015 aux éditions Scrinéo,

380 pages, 20€.

 

Le roman s’ouvre sur Leth Marek, quadragénaire robuste, une tête de bœuf dix fois sacré Champion des arènes de Morgoth. Armé d’une puissante hache aux double têtes meurtrières, ce fils de pêcheur a fait couler le sang de mille hommes sans jamais se départir de sa lourde armure de fer forgé, un vestige du passé qui provoque inlassablement les sarcasmes de ses jeunes adversaires, armés de longues épées modernes et affublés de tenues en cuir hors de prix.

Mais aujourd’hui, Leth Marek ne se soucie plus guère de ce que pense son public : pour ce gladiateur divorcé et insensible aux charmes de la gente féminine, l’heure de la retraite a sonné et une nouvelle vie s’offre à lui. Père de deux enfants dont sa femme l’a privés suite à leur divorce, c’est le cœur gonflé de regrets et d’espoirs qu’il accueille ses fils, Inaes et Miken, âgés respectivement de 14 et 16 ans. Bien décidé à leur offrir une vie épanouissante intellectuellement, Leth a placé les économies de toute une vie dans une maison riche de promesses, au cœur de la ville de Kyrénia, une énorme cité bourdonnante de vie.

La route est longue jusque Kyrénia et la petite famille, rejointe par les fidèles domestiques du champion, se met en route gaiement. Sur le trajet, détrousseurs et brigands sont nombreux mais vite découragés par la colossale stature du gladiateur, ce qui permet à la troupe de voyager sans encombre, accueillie avec joie par des aubergistes avides de célébrité.

Un incident vient cependant bouleverser la tranquillité de ce voyage. En effet, alors que chacun se restaure, des cris éclatent au-dehors : une jeune femme, violentée par trois hommes, est sur le point d’être précipitée dans un puits ! Bien que Leth Marek soit un véritable tueur dans l’arène, ces abords rudes masquent une vraie sensibilité et à la vue de cette scène, son instinct protecteur se réveille avec violence – une violence dont les assassins font bien sûr les frais.

Leth apprend que cette jeune femme est une prêtresse du culte d’Ochin, une religion émergente que les Rédempteurs souhaitent éliminer car elle menace le culte de la Nature, la religion dominante du pays. Le gladiateur, qui ne pratique aucune religion, ne réagit pas à ce discours et raccompagne la prêtresse jusqu’à son campement dans la plus grande indifférence.

Hélas, quelques jours plus tard, Leth Marek découvre l’aîné de ses fils décapité, son cadet poignardé à mort et ses domestiques assassinés. Tracées avec leur sang, des clés du monde d’en bas, symboles du culte de la Nature, recouvrent les murs.

Blessé au plus profond de son âme, Leth puisera la force de vivre dans sa rage et se laissera guider par son obsession de vengeance pour retrouver les Rédempteurs et leur faire payer ces actes odieux.

Malgré lui, le gladiateur sera entraîné au cœur d’un conflit inter-religieux qui ne le laissera pas indemne…

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Ouvrir Aeternia, c’est ouvrir les portes de l’Enfer. Au sens littéral, puisque dans le monde imaginaire bâtit par Gabriel Katz, Aeternia est un monde souterrain dominé par le mal.

Alors que le premier chapitre s’ouvre sur la paisible description d’un combattant retraité à la tête d’une joyeuse compagnie, le lecteur est soudainement précipité en plein cauchemar lorsque Leth Marek découvre ses enfants violemment assassinés. Dès lors, l’intrigue principale du roman se met en place, éveillant l’intérêt du lecteur.

Tandis que la lecture se poursuit avec avidité, l’auteur se joue de notre curiosité et profite du début d’un nouveau chapitre pour intégrer un nouveau personnage, Varian, dont l’histoire se distingue tout à fait du destin poursuivi par Leth Marek.
Ce jeune novice du culte de la Nature entre dans la ville de Kyrénia avec l’ambition dévorante de devenir un jour Patriarche, la plus haute autorité du Temple.

L’ajout de cette aventure en parallèle de la première histoire permet à l’auteur d’approfondir certains points de son roman, tels que l’ordre religieux établi ou encore la pluralité de vies et professions au sein de la célèbre cité ; par ailleurs, l’alternance des deux histoires offre à Gabriel Katz l’opportunité d’entretenir le suspense tout en suscitant habilement l’intérêt du lecteur.
Cette nouvelle aventure fait également apparaître un monde religieux rongé par le péché, au sein duquel chacun convoite la place de l’autre et où tout n’est que conspiration, jeux d’argent, prostitution, pots de vin et fanatisme.
Plus tard, cette histoire complémentaire sera également l’occasion d’appréhender un conflit majeur de points de vue opposés, ce qui améliorera considérablement la compréhension de l’histoire tout en révélant le machiavélisme de certains protagonistes.

Deux personnages principaux rythment donc ce roman, cependant très peu de caractères secondaires gravitent autour de ces derniers. En effet, l’écrivain a préféré prendre le temps de développer ses personnages et les étoffe au fil des pages, soignant la personnalité de chacun, leur offrant un passé crédible ainsi qu’une vraie dimension au présent.
De même façon, l’auteur évite les stéréotypes habituellement associés aux combattants que sont l’idiotie ou encore la barbarie, dressant un portrait sensible et plein d’humilité de Leth Marek, tandis que son compagnon d’armes, Desméon, surprend le lecteur par son badinage amusant ainsi que ses jeux d’esprit. Nulle scène d’action grasse ou surjouée dans ce roman, chaque petite phrase est à apprécier et humour, violence et bons sentiments se partage le récit avec sagesse et parcimonie.
Outre leurs individualités lentement construites, l’auteur s’est également appliqué à tisser des liens entre les personnages. Ainsi, une timide amitié voit le jour entre Leth et Desméon qui vont peu à peu apprivoiser leurs différences et s’accorder une confiance mutuelle.

En conclusion, les personnages de ce roman sont tout aussi soignés que l’est cette histoire mystérieuse aux multiples facettes imaginée par Gabriel Katz. Grâce à la rigueur ainsi qu’à la vivacité de cette plume talentueuse déjà récompensée par le prix des Imaginales en 2013 et le prix des Halliennales en 2014, Aeternia se révèle une aventure incroyablement passionnante, animée par cette fougue dont Gabriel Katz a le secret et dont les dernières lignes parviendront encore à vous surprendre !

 

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