Eloge de la lucidité

Eloge de la lucidité

Ecrit par Ilios Kotsou,

Parution le 02/2014 aux éditions Robert Laffont,

270 pages, 19€.

 

« En brisant ces représentations qui emprisonnent la vie derrière leurs grilles, on libère en soi-même la vie réelle avec toutes ses forces (…). » Etty Hillesum

L’Eloge de la lucidité est un ouvrage qui non seulement tient ses promesses, « se libérer des illusions qui empêchent d’être heureux », mais offre également aux lecteurs la possibilité de trouver des alternatives réelles à ces illusions dangereuses au-travers de chapitres extrêmement clairs, accessibles et vivants, empreints d’humour et d’humanité.

« La lucidité à laquelle ce livre vous invite n’est pas toujours agréable : se rendre compte que la réalité est différente de ce que nous désirons est parfois douloureux. Mais cette compréhension est salutaire, elle nous aidera à nous engager avec clairvoyance sur le chemin de vie qui nous convient. Cela nous évitera de nous perdre en cherchant le bonheur où il n’est pas, à l’image de l’ivrogne qui cherche ses clefs sous un réverbère. A un passant bien intentionné qui essaie de l’aider et qui, après un certain temps, lui demande : « Etes-vous sûr de les avoir perdues ici ? », l’ivrogne répond : « Non, je les ai perdues là bas », en indiquant un porche sombre. Et d’ajouter : « Mais au moins ici, il y a de la lumière. » »

Ilios Kotsou ne prétend pas apporter des révélations à ses contemporains, ni détenir une sagesse miraculeuse ou une énième recette infaillible pour être heureux : son ouvrage incite surtout à réfléchir profondément, mais avec simplicité et douceur, au sujet de soi. Il s’agirait presque de se recentrer sur l’essentiel afin de découvrir ce que la modernité tend à faire disparaître : Ilios Kotsou nous invite à réapprendre la tolérance envers soi, à déchirer des idéaux inaccessibles et créés pour faire vendre, puis à comprendre ce qu’est réellement le bonheur – non pas une chose, que l’on peut attraper, mais un acte, une manière de vivre.

« Notre société de consommation repose sur l’idée que le bonheur est ailleurs, mais qu’on peut l’acheter ! Une fois que nous avons tout ce qui est matériellement nécessaire pour vivre, la logique du système est donc de susciter continuellement de nouvelles envies. Cela a pour effet de détourner notre attention de ce qui est essentiel dans nos vies et de nous inciter à établir constamment des comparaisons. »

Ainsi, pour les lecteurs qui font parfois une micro pause dans leur journée afin de réfléchir à une émotion ressentie, aux apports véritables de leurs achats ou encore à la signification de leurs pensées, il y aura dans cet essai de nombreuses explications sensées dans lesquelles ils retrouveront leurs propres déductions.

« Croire et s’identifier à des modèles idéalisés nous amène à nous comparer sans cesse à eux et à nous forger une image médiocre de notre propre couple. Ces comparaisons suscitent et exacerbent l’insatisfaction et la frustration. »

Néanmoins, ces déductions ou conclusions personnelles sont dans cet Eloge de la lucidité enrichies de commentaires intelligents, d’expériences et de comptes-rendus scientifiques, de divers témoignages, de contes de sagesse, d’extraits de chansons, romans et autres documents, ainsi que de propositions de petits exercices à réaliser afin d’accompagner la lecture. Ainsi, Ilios Kotsou apporte de la profondeur et une richesse inattendue à ces pensées qui parfois surgissent dans notre esprit mais disparaissent tout aussi rapidement, englouties par les centaines d’autres pensées liées à nos responsabilités familiales et professionnelles qui nous assaillent constamment.

« En nous amenant à poursuivre une cible qui n’existe pas, l’idéalisation crée un terreau favorable à la déception et à la frustration. Elle nous impose des conditions irréalistes pour être heureux, ce qui nous en éloigne à chaque pas. Comme le résume bien l’écrivain et paléoanthropologue américain Robert Ardrey : « En nous forçant d’atteindre l’inaccessible, nous rendons impossible ce qui nous serait réalisable ». 
En cela, cette attitude nous coupe de la réalité et donc de la vie telle qu’elle est. Elle nous empêche aussi d’accueillir et d’être présent à ce qui nous arrive de bien et d’apprécier le bonheur quand il est à notre portée. Le bonheur idéalisé est comme Godot dans la pièce de Samuel Beckett : ce personnage central que tout le monde attend mais qui ne vient jamais. La citation de Pascal (…) prend alors tout son sens : « Ainsi nous ne vivrons jamais, mais nous espérons de vivre, et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais. » »

Il s’agit donc pour le lecteur de se montrer attentif afin de transformer les cheminements de sa pensée tels que « la douleur est une expérience qui fait partie intégrante de la vie, elle est même absolument nécessaire pour survivre », en un enseignement qui le soutiendra chaque jour : « les difficultés, émotions désagréables et douleurs font autant partie de notre vie que les moments de joie, de contentement et de partage. Apprenons alors à ne pas transformer nos douleurs en souffrances. »

Il faut en effet se rendre compte qu’il y a un fossé entre nos prises de conscience ponctuelles et la véritable compréhension de ce que ces prises de conscience peuvent apporter à notre vie : par exemple, nous protéger des dangers de l’idéalisation et nous ouvrir la voie vers la tolérance, qui représente l’un des sentiers menant au bonheur. Cet Eloge de la lucidité constitue le pont robuste qui peut nous aider à traverser ce fossé.

« Dans le deuxième chapitre, nous avons vu que l’évitement de nos émotions était une défense normale pour ne pas souffrir. Cette solution ne fonctionne malheureusement pas bien, en tout cas pas à long terme, et risque même de nous nuire. Nous allons donc découvrir dans les pages qui suivent une alternative à nos comportements d’évitement, alternative que j’appellerai la tolérance. Dans son sens général, la tolérance (du latin tolerantia, « constance à supporter, endurance ») désigne la capacité à supporter et à accepter ce que l’on désapprouve ou ce que l’on trouve désagréable. La tolérance dont il va être question dans ce chapitre concerne uniquement nos inconforts intérieurs. (…) Tolérer ne signifie pas rechercher, apprécier ou cultiver des émotions désagréables mais simplement les laisser exister. Cette attitude nous conduit à ne plus gaspiller autant d’énergie à les combattre, à les fuir ou à les réprimer. C’est bien sûr plus facile à dire qu’à appliquer, c’est pourquoi je me propose de développer avec vous différents moyens de cultiver cette tolérance et d’explorer comment elle peut nous rendre la vie plus légère. »

Toutefois, afin d’atteindre le côté opposé à ce fossé, il est absolument nécessaire que chacun prenne son temps : c’est pourquoi je recommande une lecture très lente de cet ouvrage, à raison d’un chapitre par jour et d’une pause d’au moins une journée entre chaque lecture. Ces pauses sont nécessaires à la véritable compréhension de ces pages, ainsi qu’au phénomène de digestion intellectuelle qui favorise la mémorisation. Ainsi, j’ai consacré un peu plus de deux semaines à la lecture de cet ouvrage, ce qui m’a permis d’en mémoriser l’essentiel et de réfléchir sérieusement à certains conseils prodigués par Ilios Kotsou, par exemple le détachement par rapport à nos pensées.

« …l’idée est de se libérer des contraintes que nous imposent nos pensées. (…)»

Victor Hugo désirait un lecteur pensif, et c’est à cela que je vous invite. Prenez le temps de réfléchir à ce que vous lirez dans cet ouvrage. Essayez de comprendre grâce à votre expérience passée, vos émotions quotidiennes et vos pensées actuelles, quel est l’intérêt véritable de cet ouvrage pour vous.

Ilios Kotsou propose au-travers de chaque chapitre de petites expériences que le lecteur peut mettre en pratique : celles-ci apportent de la matière aux mots et aident à prendre conscience de la véracité de ses propos. Ainsi, lisez, réfléchissez, exercez-vous et partagez finalement avec l’auteur ce trésor de lucidité qui offre, avec une simplicité inattendue, le bonheur véritable que chacun recherche.

« Lorsque nous sommes confronté à nos propres limites, que nous nous sentons en difficulté ou en échec, nous réagissons souvent très durement contre nous-même. En général, dans ces moments-là, nous nous sentons aussi très isolé, ce qui intensifie notre malaise. Nous oublions que nous sommes fragiles et que l’imperfection et l’échec sont des expériences communes à l’humanité tout entière. (…)
La douceur envers soi fait appel à une capacité réflexive de compréhension et de bienveillance lorsque nous sommes confrontés à nos faiblesses, à des difficultés ou à des doutes. (…) La douceur envers soi n’est pas fondée sur l’évaluation de notre propre valeur mais sur l’attitude douce et compassionné, et non dure et critique que nous nous portons dans nos moments de creux. La douceur envers soi nous amène à percevoir les revers et problèmes de la vie ainsi que les émotions désagréables qui les accompagnent comme faisant partie de l’expérience humaine : ils sont partagés par chacune et chacun d’entre nous à un moment ou à un autre. Elle nous connecte à notre commune humanité, en nous rappelant que nous sommes tous imparfaits. »

Au sommaire de cet ouvrage :

Préface de Christophe André (page 9)
Introduction (page 17)
1. Le piège de l’idéalisation (pages 23)
Première partie : les pièges du bonheur
2. Les dangers de la lutte contre l’inconfort (page 43)
3. Le mythe de la pensée positive (page 65)
4. Les mirages de la poursuite de l’estime de soi (page 79)
5. L’impasse du nombrilisme (page 97)
Deuxième partie : les chemins de la lucidité
6. La tolérance (page 123)
7. Le détachement (page 149)
8. La douceur envers soi (page 169)
9. L’élargissement de soi (page 193)
Conclusion – La lucidité (page 213)
Note de l’auteur (page 235)
Postface de Matthieu Ricard (page 237)
Bibliographie (page 247)
Remerciements (page 255)

 

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