Le passeur de Dieu

la passeur de Dieu LAFFONT

Ecrit par Michel-Marie Zanotti-Sorkine,

Parution le 01/2014 aux éditions Robert Laffont,

234 pages, 19€.

 

Le passeur de Dieu offre un bol d’air frais spirituel, – « de l’air, de l’air !», répète le père Stanislas – à l’esprit qui ne trouve plus le repos, constamment sollicité par les produits de la modernité et toujours oppressé par ce besoin insatiable de tout posséder, de tout comprendre et de tout savoir.
Revenir à l’essentiel, tel est l’enjeu de cet ouvrage.

S’il est question de la foi en la Sainte Trinité, ce serait cependant une grave erreur de ne destiner cet ouvrage qu’aux chrétiens car la sagesse dispensée par cet ouvrage est universelle et laïque.
Roman d’apprentissage, Le passeur de Dieu raconte le personnage de Xavier, un jeune trentenaire qui a perdu au fil des ans et des déceptions non seulement sa joie de vivre, mais surtout le goût d’aimer. Désespéré de voir s’écouler des jours plus insipides les uns que les autres, Xavier décide alors d’entreprendre un voyage un peu hasardeux afin de retrouver un vieil ermite profondément aimé de sa tante.

« Je fermai la fenêtre et tâchai de rester calme au creux de ce silence cotonneux qui oppressait ma poitrine sevrée de bruits, de mouvements et de liens. Oui, j’étais bel et bien seul, certes, je ne m’y rendais pas, mais après tout, je l’avais tant souhaitée, cette solitude, et c’est en me le redisant qu’une pensée de Pascal surgit en ma mémoire et souleva les dernières heures avant la nuit : « Tout le malheur des hommes, écrivait-il, vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre. »Ce soir, la richesse était donc là, à portée de main. »

Durant ses quelques jours de retraite au cœur des montagnes, Xavier va devoir affronter la solitude ainsi que la pauvreté et acceptera de se plier à la rigueur des tâches que lui imposera le père Stanislas. « Voyez, il suffit d’une poignée d’heures de travail manuel pour retrouver sa force et son entrain. » Cependant, ce sont surtout les discussions avec le père supérieur ainsi qu’avec les autres moines qui vont bousculer Xavier et le porter vers l’essentiel, vers cette vie offerte qu’il lui faut apprendre à recevoir pour enfin goûter au bonheur. Des échanges spirituels courts, mais poignants.

« Dans un sourire immédiat, le père me tendit les bras pour une accolade fraternelle et me serra très fort contre lui. Nos fronts s’étant touchés, une vérité jaillit -déjà!- et cette vérité, je la maintiendrai vivante jusqu’à la mort : les moines savent aimer. Bien sûr à cause de leur Christ dont ils sont entichés jusqu’au bout de l’âme, mais aussi en raison des affections les plus légitimes auxquelles ils ont un jour renoncées et dont ils mesurent le prix mieux que quiconque. Nous, dans le monde, gavés jusqu’à l’os, asservis à nos soifs toujours jouissives, en croisant chaque jour mille visages et autant de corps, nous ne prenons pas les âmes au filet de nos désirs. Et les meilleures, celles qui eussent pu de leur grandeur exalter nos jours, s’en vont à l’oubli sans avoir eu leur chance. Le moine, lui, ne voyant pratiquement personne, a l’avantage de savourer toute la personne quand il la voit, et en la serrant contre sa vie, de lui dire d’un geste sa beauté. »

Les vérités énoncées par ces ermites peuvent paraître évidentes, néanmoins leur lecture provoque un sentiment de bien-être immédiat, tant ces quelques mots chuchotés renferment des trésors d’humanité, de bonté, de générosité et de patience.

Par ailleurs, si la plume de Michel-Marie Zanotti-Sorkine s’oublie rapidement au profit du contenu, il faut souligner que l’écriture demeure constamment soignée, réfléchie et d’une grande délicatesse.
L’histoire est réaliste, servie par des dialogues très naturels, et seules les réactions de Xavier peuvent parfois paraître un peu surjouées – cependant elles contribuent à faire avancer le récit, c’est pourquoi l’on pardonne volontiers sa bêtise ainsi que sa naïveté à ce personnage : à la manière des contes, sa candeur sert la beauté et la sagesse de ce roman.

« « Frère Jacques. Je suis heureux de vous connaître !
-Dieu le permet, répondit-il, et rien n’est plus grand que le don d’une rencontre improbable. »
Devant cette réponse si bien frappée, pris dans mon système de pensée que je reconnais aujourd’hui avoir été d’une étroitesse crasse, je lui demandai :
« Vous avez fait des études de philosophie ?
-Pensez-vous! fit-il, je me suis arrêté en classe de troisième, mais j’ai continué à vivre en analysant les êtres et les situations, et ça a été ma grâce. En revanche, ce qui m’étonne, c’est que vous pensiez qu’il faut être philosophe pour apprécier la chance que représente une rencontre. C’est fou d’en arriver là, ne trouvez-vous pas ?
-Vous avez raison, pardonnez-moi, il suffit d’un peu de bon sens…
-… pour comprendre que tout se fait à travers les liens humains! Voyez, je n’ai jamais fait de philo, mais un jour le père Stanislas m’a demandé d’apprendre par cœur une pensée de Nietzsche, et elle ne m’a jamais quitté. Tenez, je vous l’apprends : « Le meilleur et l’essentiel ne peuvent se communiquer que d’homme à homme. » Alors ça, c’est une grande vérité ! Si vous ne voulez pas me croire, écoutez la vie, et vous verrez comme elle vous l’enseigne ! » »

Le passeur de Dieu est un ouvrage qui tient ses promesses de dialogues revigorants, de sagesse et de bon sens, d’émotion et même d’humour. Si finalement on retient peu de chose de l’histoire de Xavier, on retire de cette lecture une énergie nouvelle, une volonté de recevoir le bonheur plutôt que de le rechercher sans cesse. Un bon livre donc, à lire et relire de temps à autre pour assainir l’esprit et s’accorder une pause vivifiante au cœur des montages. « De l’air, de l’air !»

« Anne, ma seconde, portrait craché d’Edith, n’a pas encore trouvé sa voie, autrement dit, son amour, mais ça va venir… Je perçois en elle cette attente douloureuse qui est bonne en soi, puisque – c’est du moins mon idée – l’amour ne survient que lorsque l’on est prêt à l’assumer. D’ailleurs le conseil de l’auteur sacré du Cantique des cantiques reste à mes yeux plus que vrai : « N’éveillez pas, ne réveillez pas l’amour avant l’heure de son bon plaisir. » Que c’est beau ! »

 

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